Marche de soutien aux forces armées iraniennes à Téhéran, le 25 mars 2026 ( AFP / - )
Des frappes israélo-américaines ont touché vendredi deux sites nucléaires iraniens, provoquant un appel "à la retenue militaire" de l'Agence internationale de l'énergie atomique, tandis que Washington a annoncé vouloir atteindre tous ses objectifs dans "les deux semaines".
"Quand nous en aurons fini avec (les Iraniens), dans les deux prochaines semaines, ils seront plus affaiblis qu'ils ne l'ont été dans l'histoire récente", a affirmé le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, à Paris pour une réunion des ministres des Affaires étrangères du G7.
Ces derniers ont exhorté ensemble "à un arrêt immédiat des attaques contre les populations et les infrastructures civiles" de la région, et réaffirmé "la nécessité absolue" de rétablir la liberté de navigation dans le détroit d'Ormuz, après un mois de guerre qui destabilise l'acheminement d'hydrocarbures et donc l'économie mondiale.
Ils ont aussi pressé Marco Rubio d'expliquer une stratégie, jugée par certaines chancelleries complètement illisible jusqu'ici, face à une guerre qui embrase le Moyen-Orient.
Le ministre américain a lui estimé que les Etats-Unis pouvaient encore atteindre leurs objectifs sans l'envoi de troupes au sol. Selon le Wall Street Journal et le site d'informations Axios, Washington envisagerait cependant d'envoyer au moins 10.000 soldats supplémentaires dans la région.
Toute opération au sol de l'armée américaine autoriserait l'Iran à "prendre des mesures similaires en représailles", a mis en garde un responsable sécuritaire iranien, cité anonymement par des médias. Il a également prévenu qu'une opération militaire dans le détroit d'Ormuz entrainerait sa "fermeture immédiate pour une durée indéterminée".
"Posez le pied sur le sol iranien, et 150 dollars deviendra le prix plancher du pétrole", a promis le vice-président iranien Esmael Saghab Esfahani sur X, alors que le cours du Brent est repassé vendredi en Europe sous les 110 dollars.
- Sites nucléaires et complexes sidérurgiques -
Dans chaque camp, la journée de vendredi a témoigné d'une volonté de poursuivre les combats. Israël, qui reste muet sur les intentions de Washington, a frappé deux installations nucléaires iraniennes, amenant l'Agence internationale de l'énergie atomique à appeler "à la retenue militaire afin d'éviter tout risque d'accident".
L'usine de traitement d'uranium d'Ardakan, dans la province de Yazd (centre), a été visée par une attaque qui n'a "entraîné aucun rejet de matières radioactives", selon l'Organisation iranienne de l'énergie atomique.
Et le complexe à eau lourde de Khondab (nouveau nom du réacteur d'Arak), à deux heures de la capitale, "a été ciblé en deux temps par une agression de l'ennemi américain et sioniste", selon l'agence Fars, citant un responsable local.
Deux complexes sidérurgiques majeurs d'Iran dans la région d'Ispahan (centre) et la province du Khouzestan (sud-ouest) ont aussi été frappés. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a promis de faire payer en représailles "un lourd prix" aux auteurs de ces attaques.
Iranian women mourn victims of the Middle East war in southern Tehran ( AFP / - )
Les civils de tous bords payent un tribut exorbitant. Comme à Téhéran où, depuis un mois, les nuits sont rythmées par les frappes et perturbées par l'angoisse, et où les attaques n'ont pas cessé de la journée, notamment sur des sites de stockage et de fabrication d'armements.
Ensieh, une dentiste de Téhéran, dit "perdre un peu plus espoir chaque jour". Aujourd'hui, "nous sommes pris en étau entre trois puissances devenues folles (...). Je sais que je ne serai plus jamais la même personne. La guerre a arraché une partie de moi", soupire cette femme de 46 ans.
- L'Iran défiante -
La République islamique, toujours aussi défiante, a appelé de son côté les civils à se tenir à l'écart des forces américaines présentes au Moyen-Orient, et notamment d'éviter les hôtels de la région accueillant des militaires américains.
Une façon de répondre aux propos de Donald Trump la veille qui, tout en se disant optimiste sur les négociations, avait repoussé au 6 avril son ultimatum de détruire les centrales électriques en Iran si le détroit d'Ormuz n'était pas rouvert. Les Gardiens de la révolution ont forcé vendredi trois navires à faire demi-tour.
Manifestation en soutien au Hezbollah devant l'ambassade iranienne à Beyrouth au Liban le 26 mars 2026 ( AFP / Anwar AMRO )
Les opérations iraniennes se sont poursuivies sur tous les fronts: en Israël, ainsi que sur des bases américaines aux Emirats arabes unis, Qatar, Koweït et Bahreïn.
Samedi marquera le premier mois de la guerre, déclenchée par l'offensive conjointe des Etats-Unis et d'Israël contre l'Iran le 28 février.
- "Chacun pense gagner la guerre"
Carte montrant les principaux sites énergétiques (dépôts pétroliers, raffineries, gisements...) visés depuis le début du conflit au Moyen-Orient, à la fois en Iran et dans les pays voisins, du 28 février au 26 mars à 9h00 GMT, selon un recensement non exhaustif d'attaques de l'ONG Acled et les informations récoltées par les bureaux de l'AFP ( AFP / Sylvie HUSSON )
"Les États-Unis, Israël et l'Iran pensent chacun qu'ils sont en train de gagner la guerre", explique Ali Vaez, expert de l'Iran pour l'International Crisis Group (ICG). "Si les trois pensent que leur plan fonctionne, chacun croit aussi avoir encore des cartes dans sa manche".
Le Liban, pour sa part, continue de payer un très lourd tribut, après avoir été entraîné dans la guerre dès le 2 mars lorsque le Hezbollah, soutenu par Téhéran, a commencé à tirer des roquettes sur Israël pour venger l'assassinat du guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei.
Des explosions ont retenti dans le sud de Beyrouth aux premières heures de vendredi puis à nouveau dans l'après-midi, sans avertissement israélien préalable. Densément peuplée, cette zone s'est largement vidée de ses habitants depuis le début des hostilités.
Alors qu'Israël manifeste sa détermination à intensifier sa campagne militaire contre le Hezbollah, le mouvement pro-iranien a revendiqué une série d'attaques contre les troupes israéliennes menant une incursion terrestre dans le sud du Liban.
La situation du Liban est "extrêmement préoccupante", avec un risque "réel" de "catastrophe humanitaire", a alerté l'agence de l'ONU pour les réfugiés (HCR), s'inquiétant de la situation de plus d'un million de personnes déplacées à travers le pays.

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